💼 Pourquoi le surmenage est-il devenu la norme (presque acceptable) en France ?

En France, dire qu’on est « débordé », « au bout du rouleau » ou « rincé » n’a rien d’anormal. C’est même souvent perçu comme une preuve de productivité, d’engagement ou… de loyauté envers son entreprise.

📊 Pourtant, 41 % des actifs français se déclarent en état de fatigue chronique, et près d’un salarié sur deux a déjà ressenti un épuisement professionnel durable au cours de sa carrière (source : OpinionWay pour Empreinte Humaine, 2023).

Mais pourquoi ce surmenage généralisé semble-t-il aussi banalisé – voire valorisé – en France ?


🧨 1. Une culture du travail sacrificiel

Le surmenage en France n’est pas qu’un accident : il est souvent structurel.

Historiquement, le modèle du cadre loyal et disponible est hérité des Trente Glorieuses, quand travailler tard signifiait grimper dans la hiérarchie. Aujourd’hui encore, dans de nombreux secteurs (finance, consulting, hôpital, start-up…), partir à 17h reste suspect. ⏰

🧠 Le problème, c’est que l’intensité du travail s’est accrue… sans que les moyens ou le temps alloué ne suivent.

« Je n’ai pas eu de pause déjeuner depuis trois jours, mais c’est comme ça dans mon métier » – témoignage courant chez les internes en médecine ou les jeunes avocats.

En 2024, selon la Dares, les cadres français travaillent en moyenne 44 heures par semaine, bien au-delà des 35 heures légales. Et dans les faits, les journées extensibles (Slack le soir, mails le week-end) sont devenues la norme, surtout en télétravail.


💣 2. Un management qui glorifie la charge… et délègue la souffrance

Dans beaucoup d’entreprises, la surcharge de travail est vue comme un signe d’importance : si vous croulez sous les dossiers, c’est que vous êtes « indispensable ».

Mais ce raisonnement oublie un détail : une personne surchargée est surtout une personne à risque.

⚠️ Burn-out, erreurs, conflits internes, baisse de performance : les conséquences sont connues. Pourtant, la réponse managériale consiste souvent à ajouter… une séance de yoga ou un coaching bien-être, plutôt que de revoir l’organisation du travail.

👉 Résultat : on responsabilise l’individu (mieux s’organiser, mieux respirer, mieux dormir), mais on oublie de responsabiliser le système.


📈 3. L’obsession de la performance… sans les moyens

Le surmenage devient aussi la norme parce qu’on exige toujours plus, plus vite, avec moins.

Quelques exemples récents :

  • Dans l’Éducation nationale, les enseignants doivent gérer en moyenne 27 élèves par classe dans le secondaire, tout en remplissant des missions de suivi, d’inclusion, d’orientation, etc. (source : DEPP 2023).
  • Dans les hôpitaux publics, 60 % des soignants estiment que leur charge de travail est « trop élevée » (enquête FHF, 2023).
  • Dans le numérique, les cycles de livraison Agile sont de plus en plus courts… mais les équipes restent les mêmes.

Le mot d’ordre : « fais plus avec moins ». Et tant pis si ça craque.


🪓 4. Un contrat social qui s’effrite, mais qu’on refuse de nommer

Autre cause plus souterraine : le sentiment d’illégitimité à ralentir.

En France, le travail reste une valeur centrale, un pilier de l’identité sociale. Mais depuis 20 ans, l’équation s’est fragilisée : emploi précaire, gel des salaires, loyers exorbitants, dégradation des services publics.

🧾 Résultat : pour préserver un poste, un salaire ou un statut, beaucoup acceptent de s’épuiser sans broncher.

« Je ne veux pas passer pour celle qui ne tient pas la pression. Je n’ai pas de plan B » – témoignage d’une responsable RH dans un grand groupe.

Le contrat social est rompu, mais on continue à jouer le jeu comme s’il existait encore.


🔥 5. Un aveuglement collectif sur les signes d’alerte

En 2022, plus de 2,5 millions de Français étaient en arrêt pour raison psychique (source : Santé Publique France). Et pourtant, peu d’organisations ont mis en place des indicateurs précoces de surmenage.

🔍 Que mesure-t-on encore dans la plupart des entreprises ? Les performances, les délais, les KPIs. Mais rarement :

  • le taux de fatigue perçue,
  • les heures supplémentaires non payées,
  • ou les signaux faibles d’épuisement (baisse de concentration, cynisme, isolement).

Le surmenage n’est donc pas qu’un symptôme. Il est institutionnalisé, parce qu’invisible dans les tableaux de bord.


❓ Faut-il attendre que tout le monde craque ?

La normalisation du surmenage pose une vraie question de société : que tolère-t-on collectivement au nom de la performance ?

Quelques pistes pour en sortir :

  • 🧭 Redéfinir les indicateurs de réussite : valoriser la qualité, la créativité ou la durabilité, plutôt que la quantité.
  • 🧱 Réorganiser les charges de travail, en intégrant une vraie culture du feedback (et pas des « baromètres QVT » annuels en PDF).
  • 🚨 Former les managers à détecter les signaux faibles… et à y réagir structurellement.
  • 🤝 Accepter que l’épuisement n’est pas un échec individuel, mais souvent le produit d’un système bancal.

✅ Ce qu’on oublie souvent : le surmenage coûte plus qu’il ne rapporte

📉 Selon l’INRS, le coût du stress au travail s’élève à 3 milliards d’euros par an en France (absentéisme, turnover, baisse de productivité, soins).

À court terme, surmener les équipes donne peut-être un petit coup d’accélérateur. Mais à long terme, c’est l’entreprise elle-même qui s’effondre en bout de course.

Car on oublie une vérité de base : un salarié épuisé est un salarié qui ne pense plus, n’innove plus, n’interagit plus. Il exécute. Et finit par partir. Ou tomber malade.


💬 Et vous ?

  • Avez-vous déjà eu l’impression que le surmenage était valorisé dans votre entreprise ?
  • Pensez-vous qu’on peut vraiment travailler « intensément » sans s’épuiser ?
  • Où commence la responsabilité individuelle… et où s’arrête-t-elle ?